« Liberté Atrophiée »

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Il est de toute évidence , que tout le monde aime se délecter de sa liberté comme il l’entend. Lorsque cette dernière connaît des restrictions, il y a de quoi réfléchir profondément….

« Une tête bien faite ! » cria mon père.

On pouvait lire de la jubilation sur son visage.
Ce jour là, j’avais obtenu mon dernier diplôme du cycle de licence, ce qui me jetant tout de suite dans le marché de l’emploi.


Aussi prête que déterminée, je voulais déjà affronter les péripéties de la vie professionnelle.
« Il est temps que mes sacrifices me récompensent avec un travail que je mérite » disais-je à mon père.
Il s’était passé quelque temps , j’avais décroché le boulot qui correspondait à mes attentes , je ne pouvais rêver mieux. C’était le travail de mes rêves.
Mais alors, j’étais loin de me douter que ce turbin changera mon histoire… Je me souviens de ce jour comme si c’était hier, le jour où mon sang s’est glacé, et que j’ai eu l’impression que j’arrêtais de vivre. C’était sous un soleil accablant, un jour férié J’entendis mon portable sonner, c’était mon patron qui me demanda de me rendre au bureau. « C’est une question de vie ou de mort » cria t-il. Il était conscient qu’en ce qui concernait mon travail , je pouvais faire l’impossible.
J’étais passionnée par ce que je faisais , j’aimais mon travail.
Il était donc difficile pour moi de rester de marbre.
J’y étais allée sans savoir que j’allais perdre ma vie… Je m’étais empressée, répondant présente à ce pensum.
Sans hésiter, j’avais enfilé une tenue adéquate.
« C’était une tenue provocante » comme certains cherchaient à la qualifier pour juste justifier son exploit. Arrivée sur le lieu, il y avait un calme inhabituel Un silence des morts. Mais cela avait échappé à mon esprit.
Aussi tôt installée, j’avais aperçu mon patron ; Il venait vers moi avec ce regard que j’oublierai jamais. Un regard trompeur et malveillant , Un regard qui perçait l’âme.
Avec son sourire moqueur , il me demanda de garder mon calme et de ne surtout. pas faire de bruits. « Tais-toi toi et laisse-toi faire. »
Il attacha mes mains, ouvrant progressivement ma chemise avec sa bouche.
Ses mains par contre se baladaient tout le long de mon corps jusqu’à trouver la glissière de ma jupe.
Il utilisait sa langue pour explorer d’autres parties de mon corps que ses doigts ne palpaient pas.
Il gémissait faisant quelques blagues de mauvais goût, il avait mon corps pour lui, pour lui seul.
il avait sa proie , oui il avait bien dévoré sa proie.
Les derniers instants de cet acte me paraissaient interminables ; j’avais qu’une envie , sortir de là le plus vite possible.
Ma tête me commandait de crier
Mon corps par contre ne pouvait plus bouger, il était tétanisé.
J’ai pleuré de tristesse , comme jamais je n’ai pleuré de toute ma vie, les larmes dégoulinant tout le long de mon corps plus qu’une fontaine.
J’avais la sensation de voir mon âme quitter mon corps.
Mon cœur s’était arrêté soudainement
Mes sens ne fonctionnaient plus
J’avais perdu ma langue, aucun mot ne pouvait décrire mon affliction , j’étais exsangue.
mon corps venait d’être souillé, ma dignité venait d’être piétinée et mon honneur venait d’être sali.
J’ai crié intérieurement pour que la douleur s’échappe de moi mais hélas, c’était en vain.
Il avait pris mon souffle, j’agonisais…
Quand il eut fini , sans culpabilité ni remords il me répéta : « je ne voulais pas en arriver là, j’ai tout essayé ,et là j’emploie la manière forte » tout en me menaçant de me tuer si j’osais parler.
Il m’avait aussi roué de coups pour bien m’affaiblir , j’avais reçu de coups partout sauf sur mon visage.
Il disait : « Je ne toucherais pas ce joli petit visage innocent » Ce n’était pas un inconnu, c’était mon patron.
Une personne que je côtoyais depuis plus d’un an.
Pourquoi doit-on faire subir un tel traitement à un humain ? A ce questionnement, je cherchais une réponse concordante mais hélas, j’en trouvais guère.
Rien ne pouvait justifier un tel acte affreux.
Il avait pris la peine de me déposer chez moi en s’assurant que je ne raconterai jamais ce drame.
J’avais peur de lui mais encore plus de moi.
J’avais peur de la personne que je deviendrais après avoir parlé.
Je vivais avec cette histoire qui me tuait à petit feu, me regarder dans un miroir sans éprouver du dégoût était un vrai challenge , me lever chaque matin en espérant de tout oublier me paraissait infaisable.
Mes jours devenaient de plus en plus sombres.
J’étais dépourvue de sentiments me demandant si j’allais pouvoir éprouver de l’amour un jour. Ce silence commençait à peser.
Une partie de moi savait si bien que le prix de ma liberté équivaudrait à la dénonciation de cet acte barbare. Je n’en pouvais plus.
Six mois s’étant écoulé, je me suis évertuée à trouver au plus profond de mon être un courage de guerrier pour m’ouvrir à qui pouvait m’entendre afin de relater mon cauchemar.
Malencontreusement, la première personne me demanda de faire plus attention à comment je me comporte pour ne pas provoquer les hommes. « Tu l’avais toi-même cherché » me cracha sur le visage.
Il alla plus loin : « On ne fait pas la dure devant une personne qui s’aviserait d’user de son pouvoir. » Toutes ces phrases ne me touchaient point.
Je savais que je venais de commencer un combat qui me coûterait beaucoup mais l’intention de jeter l’éponge était loin d’être mon lot. Je menais cette lutte afin de rendre justice à toutes ces femmes qui subissaient ces atrocités.
Alors , je suis allée à une instance judiciaire sérieuse, j’ai trouvé des personnes qui avaient soif de la justice et à force de persévérer, j’ai trouvé gain de cause.
Je pouvais alors renaître bien que ce jour-là mon patron était parti avec une partie de moi , Que je ne récupérerais jamais.
Non ! Cela n’était pas de ma faute.
Non ! Je n’avais pas choisi d’être à cet endroit.
Non ! Je n’avais pas choisi d’être une femme.
Ne gardez jamais le silence !
Peu importe la forme de votre agression, verbale, physique ou mentale, ne gardez jamais silence.
Dénoncez !
Ne gardez jamais silence sous prétexte que vous êtes faibles , sous prétexte que vous êtes une femme.
Dénoncez !Kessia Mangolo